Arnaques, fraudes et photographie

Quand on commence à se plonger un peu dans le monde de la photo, il arrive généralement un moment où on se penche sur l’aspect matériel. Et plus on plonge loin, plus la tentation est grande d’aller à la pêche au bon matériel : vous savez, celui qui brille au fond de la vitrine et vous appelle désespérément pour le libérer ! Sauf qu’on se rend compte assez rapidement que ça finit par coûter un bras ou deux, sans parler du danger sous-jacent que le porte-monnaie demande le divorce à plus ou moins long terme…

Vers le marché de l’occasion…

Une solution pour acquérir du bon matériel à moindre coût est d'écumer la toile à la recherche de promos et bonnes affaires en tous genres, et on regarde du côté du marché de l’occasion. On peut y trouver du matériel relativement récent à des prix attractifs, ce qui peut vraiment valoir le coup quand le prix du neuf atteint des montants qui font passer l’objet convoité de « beau cadeau » à « investissement sur plusieurs générations ». Et quand on voit le nombre d’annonces en transhumance sur eBay ou Leboncoin, il n’y a qu’à tendre la main pour se servir !

Oui, mais… si le but de l’acheteur est de faire de bonnes affaires, il doit quand même rester prudent et ne pas se précipiter tête baissée sur la première annonce alléchante qui passe. Parce qu’un train peut en cacher un autre, un objectif peut cacher une arnaque, et si le lapin rose y met ses doigts, il risque de se faire pincer très fort.

Repérer les arnaques

Article

Alors, comment éviter de se faire avoir ? Soyez méfiants ! Une annonce proposant un matériel bien en-deçà de sa cote argus, c’est louche ! Une annonce ne présentant que les caractéristiques techniques complètes d’un boîtier ou d’un objectif, sans aucun détail sur la provenance, la date d’achat, l’état du matériel, c’est louche ! Une annonce rédigée dans un français (ou tout autre langue, d’ailleurs) tel qu’on se dit que Google Traduction a dû être embauché pour la rédiger, c’est louche !

Pour éviter de tomber dans ces arnaques, plusieurs petites astuces qui peuvent vous aider à trier le vrai du faux :

  • Regarder le prix de vente du matériel neuf devrait vous donner une idée des prix en occasion : le prix décroît en fonction de l’ancienneté du matériel, de sa date d’achat, de son état général, de sa fréquence d’utilisation, etc. Si le matériel neuf est vendu 2000 € en moyenne, une annonce le proposant à 800 €, c’est louche… Essayez d’estimer à quel prix vous le vendriez, vous, dans le même cas !
  • Dans le même ordre d’idée, renseignez-vous sur le prix moyen du matériel que vous recherchez sur le marché de l’occasion. Pour ce faire, Argus-Photo, site qui répertorie un très grand nombre de boîtiers et objectifs, peut être un bon point de départ. Mais ne vous arrêtez pas à cela, ce n’est qu’une indication. Plus vous trouverez d’annonces différentes pour le même matériel, plus vous aurez une évaluation précise du prix de vente moyen pratiqué.
  • Renseignez-vous au maximum sur l’état du matériel que vous comptez acheter : date d’achat, durée de la garantie, entretien, fréquence d’utilisation, disponibilité d’une facture, etc. Si le vendeur est incapable de vous répondre, ou de fournir les documents d’achat, c’est louche… Mais attention, via le net, il est facile de raconter n’importe quoi et de fournir de faux documents.
  • Demandez toujours à essayer le matériel avant de conclure la transaction, et proposez toujours une remise en mains propres, d’autant plus si vous êtes géographiquement proche du vendeur. C’est a priori le seul moyen fiable de vous assurer du bon fonctionnement du matériel. Si le vendeur invoque des raisons diverses et variées (« J’peux pas j’ai piscine ! ») pour ne pas vous rencontrer, c’est louche !
  • Observez l’attitude du vendeur : s’il sent que vous mordez à l’hameçon, il fera pression sur vous pour conclure la vente au plus vite : il sera peu disponible, aura besoin d’une réponse rapidement, d’autres acheteurs se seront proposés et si vous ne vous dépêchez pas la « bonne affaire » va vous échapper, bref, il jouera sur l’émotionnel pour vous faire réagir. Ça peut être vrai, mais honnêtement, moi je trouve ça louche !
  • Sur des sites tels eBay ou PriceMinister, les utilisateurs (vendeurs et acheteurs) se donnent des notes et des commentaires, n’hésitez pas à aller les lire ! Car un pourcentage de satisfaction élevé, ce n’est pas bien difficile à obtenir : il suffit d’avoir des amis complices qui vous notent après de fausses transactions. Mais si, parmi toutes les critiques, il y en a des négatives qui vous font flairer une arnaque, c’est toujours bon à prendre…
  • Certains pseudos, noms ou adresses mails de vendeurs peuvent être connus sur le net comme étant des arnaqueurs ; une petite recherche sur votre moteur préféré pourrait vous apporter des informations bien utiles !

Traquer les fraudes

Vous avez maintenant fait le tour de plusieurs offres, l’une d’elles a retenu votre attention, vous êtes prêt à contacter le vendeur pour obtenir des précisions sur le matériel, et discuter des conditions de la transaction. Malgré tout, vous vous méfiez, un doute subsiste. Hé bien, dans ce cas, je vous propose d’aller regarder le site de l’Univers des experts, à la rubrique « Arnaques », où l’on peut trouver quelques arnaques révélées, et de faire également un petit tour sur le site Annonce Fraude, qui pourra vous être d’un grand secours si vous avez un doute sur un vendeur ou une annonce. Quel est le but de ce site ? Prévenir, et lutter contre les arnaques. Comment ? Deux grandes fonctionnalités sont à votre disposition :

  • Tout d’abord, une base de données répertoriant un grand nombre d’annonces identifiées comme étant des arnaques. Une recherche par mots-clés est disponible, grâce à laquelle vous pouvez chercher si, par hasard, l’annonce qui vous intéresse n’est pas déjà recensée, ou si le nom du vendeur n’est pas connu. Cependant, les annonces sont fonction de l’offre et de la demande, des fraudes repérées et des transactions effectuées, et donc varient beaucoup : vous ne trouverez pas forcément la vôtre sur ce site. Mais si vous trouvez une annonce ressemblant à s’y méprendre à la vôtre, par le titre, le contenu, le matériel proposé, voire même le nom du vendeur… C’est louche !
  • Ensuite, le site propose de contacter les vendeurs, comme vous le feriez tout seul comme un grand, mais par son intermédiaire ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Tout simplement que votre conversation avec le vendeur passe par le site : tous les messages que vous échangez sont affichés sur le site, et vous ne donnez jamais vos coordonnées (ne serait-ce qu’une adresse mail) au vendeur : le site garantit votre anonymat. Ce qui vous permet, bien évidemment, à la fois de tester l’annonce et le vendeur, de recueillir l’avis d’autres internautes sur la direction que prend l’affaire, et de dénoncer la fraude, si finalement elle est avérée. Pour m’être moi-même amusé à cela pour préparer le présent article, je peux vous assurer que c’est efficace !

L’arnaque au mandat cash urgent

Si, malgré tout ça, un vendeur vous paraît fiable, mais est malheureusement situé à l’autre bout du pays, ce qui empêche une transaction en mains propres, c’est le moment de discuter des conditions du paiement et de l’expédition. Là encore, quelques précautions sont de mises, comme de ne pas envoyer d’argent sans moyen de le récupérer en cas de problème. Je ne vais pas m’étendre sur ce type de recommandations, qui sont surtout, à mon humble avis, du bon sens.

Par contre, je voudrais vous parler de deux méthodes de paiement qui, a priori, ont l’air sûres, mais dont il vaut mieux se méfier !

La première est, à mon sens, une arnaque à coup sûr. Pourquoi ? Tout simplement parce que, si on ne pousse pas suffisamment les recherches, elle paraît parfaite ! Je vous expose la situation, et, comme dit plus haut, je me suis amusé un peu avec un vendeur, alors c’est du vécu : je réponds à l’annonce d’un particulier qui vends un boîtier, et habite (ou du moins, est censé habité, d’après son annonce), à 30 bornes de chez moi par l’autoroute. Je peux être sur place en 15 min. Malgré cela, le vendeur étant très occupé, il me dit ne pas pouvoir se rendre disponible pour une transaction en mains propres. Devant mon insistance à tester le matériel, il me propose alors l’organisation suivante :

Je me rends à la Poste pour obtenir un « mandat cash urgent ». Le principe est simple : le mandat permet au destinataire de retirer la somme que je lui dois. Par mesure de sécurité, au moment où j’édite le mandat, je reçois un code. Le destinataire ne peut pas retirer son argent sans celui-ci. J’envoie donc ce mandat au vendeur, mais garde le code avec moi. Je scanne le récépissé du mandat et l’envoie par mail au vendeur. Dès qu’il reçoit ce mail, il m’envoie le boîtier pour que je puisse le tester, il me donne la journée pour faire mes tests. Si le matériel me convient, je lui envoie alors le code du mandat, pour qu’il puisse récupérer l’argent. Sinon, je garde le code, donc mon argent, et lui renvoie son boîtier. Tout bénéfice pour moi, donc : je peux tester la matériel, et ne risque pas de perdre mon argent.

Ne connaissant pas du tout le principe du mandat cash urgent, je me méfie quand même un peu, et vais vérifier sur le site de La Poste, où on nous explique en détails le fonctionnement de ce mode de paiement. Tout est parfait, il est bien précisé que la transaction est sécurisée, le destinataire ne pouvant pas retirer l’argent sans le code : « Sécurité : il suffit de transmettre le numéro confidentiel à votre bénéficiaire ». Si vous voulez plus de détails, allez voir directement sur le site banque postale, vous serez pleinement rassurés.

Si je ne m’étais pas davantage méfié, j’aurais très bien pu conclure la transaction : la solution proposée est à mon avantage puisque je reçois sans rien donner, la démarche est simple puisqu’il me suffit d’aller à la Poste, et son site internet me garantit en plus que le mandat cash urgent est une solution totalement sécurisée. Sauf que je ne m’arrête pas là, et demande à mon moteur de recherche préféré de me trouver des pages web avec les mots-clés « arnaque mandat cash ». Le résultat est édifiant : des dizaines de sites, forums, discussions, qui expliquent comment fonctionne cette arnaque…

En théorie, tout est parfait pour l’acheteur, il ne prend pas de risque tant qu’il conserve le code de son mandat. En pratique… Il apparaît que le code n’est pas indispensable ! Plusieurs témoignages rapportent le même état de fait : rendez-vous dans votre bureau de poste pour obtenir l’argent qu’un proche vous a fait parvenir par mandat cash ; vous connaissez donc le nom de l’expéditeur, la référence du mandat, le montant qui vous est adressé… Ca suffit pour qu’on vous donne l’argent.

Je ne peux donc que vous conseiller de vous méfier du mandat cash, parce qu’il me semble très efficace pour réaliser une arnaque : à mon avis peu connu des particuliers, a priori à l’avantage de l’acheteur, et dont la sécurité est garantie par la Poste elle-même… Autant d’arguments pour en fait récupérer votre argent en douce sans rien vous envoyer en retour.

La protection de l’acheteur par Paypal

La deuxième méthode de paiement me semble moins sujette à des fraudes, mais justement, par sa renommée et sa sécurité vantée, on pourrait ne pas s’en méfier assez. Je veux parler de Paypal. Vous trouverez moult informations, à la fois sur eBay et sur Paypal, sur la clause de protection de l’acheteur : ce principe stipule que, pour des produits physiques envoyés par correspondance (donc hors transactions en mains propres), payés via Paypal, l’acheteur est intégralement remboursé s’il ne reçoit pas l’article acheté. Pour ce faire, il suffit d’ouvrir une demande sur le site de Paypal, qui étudie alors le dossier. Encore une fois, tout ça est bien beau, et l’arnaque n’est pas vraiment du fait de Paypal, mais de la possibilité de contourner le système.

Comment ça ? Je m’explique : au lancement de cette clause, si Paypal donnait raison à l’acheteur suite au traitement du dossier, il initiait le remboursement. Mais uniquement en prélevant les fonds nécessaire sur le compte Paypal du vendeur… Qui, en attendant que le dossier soit traité, avait largement eu le temps de vider son compte. L’acheteur n’était alors remboursé, au mieux, que de quelques euros… À présent, il apparaîtrait que Paypal ne se contente plus de prélever les fonds sur le compte du vendeur : il rembourse directement l’acheteur victime de l’arnaque, puis s’adresse à l’établissement bancaire du vendeur pour récupérer la somme. Tout va bien, donc ? Si je vous en parle, c’est que oui et non… Oui, parce que d’après plusieurs témoignages glanés sur le net, Paypal devrait effectivement avoir adopté ce mode de fonctionnement, cf. les conditions d’utilisation : « Si, suite à une réclamation de votre part, PayPal statue en votre faveur, vous serez remboursé du prix d'achat intégral de l'objet et des frais d'expédition d'origine uniquement. » Non, parce qu’on trouve encore quelques témoignages de gens n’ayant pas été remboursés intégralement, même s’ils se font rares, et que la procédure semble être laborieuse et soumise à conditions. Dans tous les cas, il convient donc de bien se renseigner avant.

Mais il y a plus vicieux avec ce système, car il est possible, pour l’arnaqueur avisé, de contourner la clause. Quel est le principe ? C’est simple : pour que Paypal donne raison à l’acheteur, il faut que le vendeur soit dans l’incapacité de fournir une preuve de l’envoi du colis. Mais si le vendeur sort un bordereau d’expédition, tant pis pour l’acheteur… Et rien de plus simple que de produire un tel bordereau : allez à la Poste, envoyez un colis, vous en aurez un. Par contre, dans le colis, ce n’est pas garanti qu’il y ait ce que vous attendez. Vous y trouverez peut-être des livres, du sable, ou des pierres, pour que le poids soit cohérent avec l’objet acheté. Mais dans ce cas-là, a priori, pas de recours possible.

Et côté vendeur ?

Achat sur Internet : comment susciter la confiance ?ACHATS INTERNET

Voilà pour ce que j’ai pu recueillir au cours de mes recherches. Certains me diront : « et les vendeurs, alors ? » Oui, les vendeurs peuvent aussi être arnaqués. Là encore, il existe plusieurs techniques classiques, certaines plus visibles que d’autres. En vrac, et pour les plus courants, on peut noter des arnaques avec des faux mails de TNT, Western Union, DHL : en tant qu’acheteur, on va vous demander un acompte, suite à quoi vous allez recevoir votre achat ; en tant que vendeur, vous êtes contactés par une personne intéressée, d’un pays étranger (le Bénin et la Côte d’Ivoire ont la cote pour ce genre d’arnaques, apparemment), qui prétexte des frais quelconques induits par la transaction, et à la charge du vendeur. Pour illustrer, un exemple pris au hasard : un vendeur se fait payer par virement, sur proposition de l’acheteur. Mais celui-ci envoie un mail au vendeur, lui indiquant que le virement était fait, mais bloqué par la BCEAO (Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) tant que le vendeur n’aurait pas payé un certain montant de taxes.

Allez, pour le plaisir, en voici une autre mettant en cause, encore une fois, Paypal : dans le système de transaction, il arrive parfois qu’il y ait une étape de validation. Le statut du paiement est alors « Suspendu – Expédier maintenant » : Paypal vous demande bien d’envoyer la marchandise, bien que vous n’ayez pas reçu le paiement. Si tel est le cas, Paypal vous envoie un mail pour vous avertir.

Seulement, l’acheteur peut très bien vous faire croire que le paiement est en attente de validation, en vous envoyant une attestation de paiement Paypal. Il n’a plus qu’à vous demander de lui envoyer la marchandise sans attendre. Le raisonnement se tient : l’acheteur verse les fonds à Paypal, attend de recevoir son achat, puis valide la transaction, et vous recevez votre argent. Sauf que si cet acheteur n’a en fait pas effectué son paiement, et vous a envoyé une fausse attestation, vous envoyez le colis, et lui garde son argent…

Autre méthode, encore plus fourbe : la transaction se passe normalement, votre compte Paypal est crédité de la somme convenue, vous remettez donc l’objet à l’acheteur. Peu après, vous vous apercevez que l’argent a disparu de votre compte. La raison donnée par Paypal ? « Argent frauduleux ». Très probablement, une carte bleue volée et utilisée pour régler l’achat, et sur laquelle le véritable propriétaire a fait opposition. Qu’en dit Paypal ? Tant pis pour vous…

Enfin, de manière générale, n’envoyez rien si vous n’avez pas la garantie de recevoir le paiement, et préférez, là encore, la transaction en mains propres.

Prudents ou paranoïaques ?

J’espère vous avoir sensibilisé à travers cette (courte ?) synthèse à des méthodes de fraude qui ne sont pas identifiables comme telles à première vue. À force de répéter « si c’est louche, méfiez-vous ! », j’ai quand même l’impression de vous inciter à devenir paranos. Alors non, il n’y a pas que des arnaques qui traînent sur le net, le marché de l’occasion existe bel et bien, et peut permettre de réaliser de vraies bonnes affaires. J’espère juste qu’à travers cet article, je ne vous ai pas alarmés au point que vous abandonniez vos projets d’achats de matériel à moindre coût, mais qu’au contraire cela vous permettra d’être vigilants face aux annonces qui paraissent chaque jour sur la toile, pour tirer le meilleur parti de ce marché de l’occasion.