Entrevue avec Barbara Rhumel, photographe rêveuse et passionnée

Barbara Rhumel est une photographe Pose partage depuis ses débuts en photographie en 2010. Aujourd'hui professionnelle épanouie et totalement en adéquation avec son idée du métier qu'elle exerce, elle habite dans un chalet d'alpage à 1300 m d'altitude, près de la nature…

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Dans le cadre des « interviews de Pose partageurs », tu as déjà été soumise à diverses questions (voir ici)… Mais c’était en octobre 2012, et depuis, beaucoup de choses ont changé ! Alors tout d'abord, qui es-tu aujourd’hui ?

Dire que beaucoup de choses ont changés est un euphémisme !! Tout a changé ! Il ne reste plus grand chose de la personne interviewée en 2012, mis à part cette passion pour la photo qui a continué à grandir au point de devenir le point central de ma vie. Relire les réponses que j'avais données à cette époque me procure une drôle de sensation, j'ai l'impression de lire celles d'une autre personne.

Qui suis-je aujourd'hui ? Tout d'abord je suis photographe professionnelle depuis un an. À l'époque de l'interview je parlais déjà de ce projet qui ressemblait un peu à un rêve abstrait, c'est chose faite ! Je vis donc de la photographie de nouveau-nés et des stages autour de cette discipline. Cela me laisse le temps qu'il me manquait à l'époque pour profiter de la vie, et ça me permet de me consacrer beaucoup plus à la photo de montagne.

Je vis maintenant dans un chalet d'alpage à 1300 m d'altitude, un autre rêve devenu réalité.

Et enfin j'ai un fidèle compagnon à quatre pattes : Joy, mon husky qui me suit partout !

Louise Mu

Photo sélectionnée pour illustrer l'affiche du festival Pose partage 2015, © B. Rhumel

Dans cette ancienne interview, tu parlais de l’intégration de l’humain dans les paysages, en te mettant toi-même en scène, des sortes de « photos thérapeutiques ». Tu es allée un peu plus loin depuis, en posant pour des portraits (d’un autre photographe du forum, notamment !). Comment as-tu vécu cette expérience ?

Hé oui, j'ai posé pour Denis en novembre dernier. J'appréhendais cette séance photo, habituellement je ne suis pas très à l'aise devant l'objectif, mais je me suis préparée psychologiquement pour me lâcher et jouer le jeu à fond. Et puis Denis a été très fort, il a su me mettre à l'aise et finalement j'ai vraiment apprécié ce moment, au point que j'aimerais renouveler l'expérience… Peut-être avec un autre membre du forum bientôt… Cette séance photo m'a permis de mieux m'accepter, donc vraiment pas de regrets.

Tu n’as jamais caché ton attirance pour la montagne. Maintenant que tu vis au milieu d’elle, est-ce que ton rapport à la nature a changé, ta perception de la montagne a-t-elle changée ?

Mon amour pour la nature est inchangé et ma fascination pour la montagne est restée intacte. Maintenant que je vis là-haut, je me demande comment j'ai pu vivre en bas pendant autant de temps ! Il me paraît aujourd'hui inconcevable de vivre ailleurs. Se réveiller le matin, allumer le feu avant de préparer le café, passer des journées à couper du bois, observer les oiseaux, les écureuils et parfois même les marmottes dans le jardin et avoir la possibilité de passer autant de temps dans la nature, apprécier le silence, le calme et la sérénité ambiantes, je considère tout cela comme un luxe, une chance, un bonheur dont il est impossible de se lasser.

Et puis, ma connaissance du milieu montagnard grandit au quotidien, au fil de mes balades, de mes rencontres, de mes recherches ainsi que de mes lectures et me donne envie d'aller toujours plus loin. Les bivouacs se sont enchaînés depuis que je suis là-haut et je ne me lasse pas du bonheur de me réveiller sur un sommet. Cette année je vais commencer à m'attaquer à des sommets un peu plus ambitieux, je m'en réjouis d'avance. La montagne est une sorte de virus pour lequel il n'existe aucun antidote.

Cette année au festival, tu exposes des « Rêveries évaporées », avec des ambiances nuageuses, brumeuses. Comment réussis-tu ces clichés : tu passes ton temps à faire des repérages, puis tu scrutes la météo pour sortir au bon moment ?

C'est un mélange des deux. Je passe en moyenne deux heures par jour dehors, donc je commence à bien connaître tout le secteur autour de chez moi. J'ai plus de temps qu'avant pour les bivouacs, cette année j'ai dû en faire un par semaine. Et pour les prévoir, je scrute la météo en effet. Et puis parfois simplement, je suis chez moi et en regardant par la fenêtre je constate que la lumière est juste comme je l'aime alors je saute dans mes chaussures de rando et je sors promener Joy sur mes sommets favoris autour du chalet.

Quelle est la part de retouche dans tes images ? As-tu une idée précise du rendu auquel tu veux arriver lorsque tu appuies sur le déclencheur, en pensant déjà au développement que tu vas faire ?

Oui, j'ai déjà une idée très précise du rendu que je veux avant d'appuyer. Toutes ces images sur les nuages sont le résultat d'une série que j'avais pensée et imaginée. Je voulais une uniformité dans les tons et les textures. Alors j'ai un peu « chassé » ces images au fur et à mesure de mes sorties.

La retouche a elle aussi son importance. Je m'en sers surtout pour texturer les nuages. Cependant, certaines images n'ont eu besoin d'aucune retouche mis à part les contraste et luminosité habituels. Tout dépend de la lumière au moment de la prise.

En parallèle des paysages, tu proposes des portraits, des photos de mariage et des photos de bébés dans le cadre de tes activités professionnelles. Comment se passe une séance avec un bébé ? Quel est le secret pour qu’il soit calme et détendu sur les clichés ?

Le secret c'est qu'il faut aller à son rythme, ne pas le brusquer et être patient. Pour cela je ne réserve qu'une seule séance photo par jour, ainsi je peux attendre que le bébé veuille bien se laisser faire.

Il faut aussi soi-même être serein et détendu car le bébé est une vrai éponge au niveau des émotions. Si je suis stressée, il sera stressé aussi. Voilà le principal secret. Lors de mes stages photos on voit ainsi en détails les techniques pour bien le positionner et le mettre en conditions pour optimiser les chances de réussites.

Tu proposes également des stages, avec au programme technique photo et astuces retouches, mais aussi raclette et discussion au coin du feu ! La boustifaille est-elle une méthode d’enseignement indispensable ? Quelle est pour toi l’importance de la transmission du savoir ?

Ah ah ! Oui ! La boustifaille est essentielle !

Non pas pour la transmission du savoir, mais pour l'échange et le partage. Les stagiaires qui viennent chez moi ne sont pas simplement des stagiaires à mes yeux ou une entrée de revenu. Ce sont des personnes passionnées avec qui j'ai envie de vivre de beaux moments. J'ai envie de leur faire profiter autant que je le peux du cadre dans lequel je me trouve.

Donc finalement ce n'est pas tant la transmission du savoir qui compte à mes yeux mais plutôt le partage.

Tu rêvais de photographier un lynx à l’état sauvage. Est-ce que tu as pu réaliser ce rêve ? En as-tu d’autres, après avoir changé de vie ?

Hé non, pas de Lynx, toujours pas !! Mais je ne désespère pas…

Je ne sais pas si cela relève du rêve, mais j'ai un besoin de solitude croissant depuis ce changement de vie qui me donne des envies de voyages en solo. Je pense de plus en plus à une expérience d'autarcie totale pendant plusieurs mois, sans téléphone, ni internet. Cela relève encore du fantasme et je ne sais pas vraiment si ce besoin perdurera, mais il est probable que mes futurs projets aillent dans ce sens. La solitude est pour moi nécessaire à toute forme de création car elle permet une introspection inévitable lorsque l'on se retrouve face à soi-même. J'ai envie d'explorer tous les recoins de mon âme et je crois que cela doit passer par ce genre d'expérience. En tout cas, ça m'appelle d'une façon assez inexplicable, mais indéniable.

Dalleur, je pars bientôt pour mon premier voyage en solitaire, une façon pour moi de me tester. Je partirais début mai, juste après l'expo à Pose Partage, direction le Cap Vert, à Santo Antao, une île volcanique au large du Sénégal, pour 10 jours de trek en autonomie et en solo avec mon sac à dos. Je me réjouis vraiment de cette expérience qui j'en suis sûre me marquera d'une façon ou d'une autre.

Maintenant que tu habites à 1300 m d’altitude été comme hiver, tu peux sûrement répondre à cette question que tout le monde se pose : quand il neige, est-ce que le dahu skie ? (PS : une race de chien se cache dans cette question, l’as-tu trouvée ?)

Alors là… je m'incline devant un tel jeu de mot et en reste sans voix ! ;)

Il me semble l'avoir vu quelque part dans les forêts bordant le chalet, mais je ne saurais pas te répondre, c'était brumeux, je n'ai pas bien vu, et il s'est enfui dès qu'il m'a entendue.


Propos recueillis par Romain Jolivel (Meuble)

Bio express

Photographe professionnelle depuis un an, Barbara Rhumel (aka Babe) tient pour la première fois un reflex dans ses mains en 2010. Le bruit du déclencheur fut une révélation, elle est comme hypnotisée par cet objet. Il devient alors évident que cette passion naissante deviendrait bientôt le centre de toute une vie. Elle quitte alors le monde moderne, troque sa vie de cadre contre celle de photographe, et part s'isoler dans un chalet d'alpage à 1300m d'altitude en Haute-Savoie, le plus proche possible de cette nature qui lui est si chère et de ces montagnes dont elle ne pourrait dorénavant plus se passer, là où l’inspiration pourra se développer. Elle prend alors la décision que ses rêves ne devront plus attendre demain pour se réaliser. La lenteur et le silence extérieur lui permettent ainsi de faire face au vacarme intérieur. Elle réalise à ce moment la première photographie qui sera le commencement d'une série d'autres images évaporées…

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