Interview de Louise Mu, photographe de mode, portraitiste et créatrice d'images

Diplômée de l'école de Condé (première promotion en section Photo), Louise Mu a débuté sa carrière comme assistante du photographe Mathieu Paul Gabriel. Elle partage avec son « maître » une passion des univers très soignés et travaillés, des mises en scènes léchées et de l'impact des images. Interview avant sa venue en tant que conférencière au festival photo Pose partage 2015

Jeune photographe officiant en studio, les visiteurs du festival Pose partage de l’an dernier ont déjà pu admirer quelques-unes de tes œuvres. Mais finalement, on n’en sait pas beaucoup plus sur toi ; pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour ! Donc, je suis Louise Mu, photographe de mode, portraitiste et créatrice d'images. J'ai fait une formation photo sur 3 ans dans une école d'art privée à Paris, dont je suis sortie il y a deux ans, et cela fait un an que je travaille comme photographe pour le CNRS à la médiathèque de Chartres, où je photographie des manuscrits médiévaux. Sinon, j'aime le brouillard, les hortensias bleus, le thé et les corbeaux.

Louise Mu

Photographie © L. Mu

Tu as donc exposé l’an dernier au festival, pour la première fois. Comment as-tu vécu cette expérience ? Qu’en as-tu retiré ?

Malgré le fait que j'étais totalement terrorisée et stressée, je l'ai très bien vécu ! J'ai été abasourdie du nombre de retours positif sur mon travail, c'était dingue ! J'ai finalement beaucoup aimé rencontrer les gens pour parler en face à face de mon travail, et savoir ce qu'ils en pensaient ; en exposant son travail exclusivement sur internet, c'est très dur d'avoir ce genre de retour, ce qui n'est pas forcément facile à vivre, quand après des semaine de travail, une photo récolte trois pauvres pouces dans les airs et aucun commentaire quel qu'il soit, c'est très décourageant, on se sent facilement très seul et isolé dans ce genre de carrière, quand on débute du moins.

Bref, c'était génialissime ! Mais terrorisant. Mais super cool.

Sur ton site, on peut voir des séries sur les contes, les déesses de la mort de différentes cultures ou les monstres classiques du cinéma fantastique. Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Le cinéma en général est une grande source d'inspiration, ainsi que les mythologies (y compris celles développées dans des livres ou films), les contes et légendes, tout ce qui peut avoir trait à l'occulte, au bizarre et à l'étrange, et l'imaginaire collectif. Dans mes photos, je cherche à raconter des histoires. Je commence à créer ma propre mythologie, mais étant encore très jeune photographiquement parlant, ça prend du temps pour se mettre en place. Donc en attendant, je m'inspire des sagas déjà existantes.

Et au niveau de tes références, quels photographes (ou autres artistes) affectionnes-tu ? Et pourquoi ?

J'aime beaucoup le travail de Tim Walker, photographe de mode extrêmement créatif ; Kirtsy Mitchell, pour ses mises en scène incroyables en extérieur ; Chiara Bautista, dessinatrice avec un univers de loups-galaxies et d'hommes-oiseaux squelettes ; Kindra Nikole, qui travaille également avec des mises en scène en extérieur ; Le Turk, et ses décors époustouflants en studio ; Solène Ballesta, pour ses lumières ; les créations vestimentaires de Alexander McQueen, Jean-Paul Gaultier, et Linda Friesen ; et plein d'autres dont je ne me souviens pas.

Pour toi, est-ce que l’imaginaire alimente l’inspiration, et donc la création, ou bien c’est le processus créatif qui permet d’alimenter l’imaginaire ?

Je pense que c'est une boucle : l'imaginaire alimente l'inspiration, d'où découle la création, et une fois le processus créatif fini, la seule hâte qu'il y a est de recommencer, ce qui pousse l'imaginaire à fournir d'autres horizons.

Tu participes cette année au festival en tant que conférencière, à partir d’une série Steampunk. Question de néophyte : le steampunk, c’est quoi ?

Le steampunk est un mouvement culturel se basant sur ce que serait devenue l'époque victorienne si la principale source d'énergie était restée la vapeur (steam, en anglais).

Sans nous dévoiler le contenu de la conférence, peux-tu nous parler un peu de cette série ?

C'est mon trésor ! Cela faisait très longtemps que je voulais faire une série sur ce thème, et j'ai enfin eu la possibilité de la démarrer, et c'est ma dernière-née, donc je l'aime beaucoup ! Sinon, c'est une série de 8 images pour l'instant, que je veux continuer d'alimenter. Je me suis occupée du stylisme et du décor, en plus des classiques casting-photo-retouche. Elle est réalisée en studio, comme il est de coutume chez moi. J'ai passé presque deux mois à travailler dessus avant de passer en studio, et je suis en plein phase de retouche, c'est, je crois, la série qui m'a demandé le plus de temps.

La lumière a une part importante quand on raconte une histoire en une seule image fixe, cela permet de faire exactement ce que l'on souhaite.

Tu travailles exclusivement en studio. Pourquoi une telle préférence pour tes clichés ?

Pour la facilité ! Enfin, pas que. C'est une énorme charge de travail de shooter en extérieur avec toute une équipe (modèle, maquilleur, coiffeur, assistant, styliste), entre le repérage, la logistique, convaincre les gens de venir bosser dehors, le fait d'être totalement à la merci des éléments, le cauchemar ! J'aimerais beaucoup essayer, un jour. Mais pour l'instant, c'est plus simple en studio. Je travaille également principalement en faisant des collaborations avec les intervenants, du coup, ils acceptent plus facilement quand on prononce des mots magiques comme "studio", "Paris intra-muros", "déjeuner gratuit" et "boissons chaudes à volonté".

Et puis aussi parce que la lumière a une part importante quand on raconte une histoire en une seule image fixe, donc ça permet de faire exactement ce que l'on souhaite. Il n'y a pas de concessions à faire, contrairement à l'extérieur.

Tu débutes ta vie professionnelle en tant que photographe. Comment se passe le lancement d’une telle carrière ? Pour quel milieu souhaiterais-tu travailler, idéalement (publicité, mode,…) ?

Houlà, ça se passe difficilement ! Pour se lancer comme photographe, être photographe ne suffit pas. Il faut aussi être son propre manager, son propre génie des réseaux sociaux, son propre comptable, son propre agent, monter chaque projet en solo, avec toutes les tâches que cela implique (faire le casting, trouver les maquilleurs/coiffeurs/stylistes, coordonner tout ce petit monde qui n'en fait qu'à sa tête…). Il faut savoir se vendre, se mettre en valeur, ne pas avoir peur d'affirmer être le meilleur. C'est épuisant, surtout quand on a tendance à être un peu timide et peu sûr de soi.

Idéalement, j'aimerais travailler dans la mode, pour avoir des stylismes de folies aptes à servir mes histoires. Je pense que niveau imaginaire, mon cerveau pourrait s'en donner à cœur joie dans ce milieu, il y a tellement de possibilités. Actuellement, je cherche des collaborations avec des "petits" créateurs, qui ont souvent des créations incroyables, mais qui ne sont pas forcément faciles à dénicher, du fait de leur "petitesse".

Enfin, s’il n’y avait pas de crocodiles au Pays Imaginaire, et que donc, il ne s’était pas fait manger la main, comment s’appellerait le Capitaine Crochet ?

Capitaine Moustache.


Propos recueillis par Romain Jolivel (Meuble)

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