L’orthographe est elle un outil de communication ou un outil clivant ?

L’orthographe est elle un outil de communication ou un outil clivant ? est un fil de discussion ouvert le 28 octobre 2017 à 23h36 par cocagne, dans la rubrique Actualité de la photo et des photographes du forum photo Pose partage. Dernier message par labat il y a 1 année, 7 mois.

cocagne de Montpellier
cocagne - Le 28/10/2017 (modifié il y a 1 année, 7 mois)

J’aurais volontiers utilisé le fil coup de C coup de G pour ce sujet mais comme il fait partie des endroits en dérangement j’ouvre un sujet dédié
Le thème nous concerne bien ici sur PP qui est un des rares forum de photographes sinon le seul à demander, sans exiger, à ses membres de soigner leur expression écrite. D’ailleurs le résultat est visiblement la avec une nette amélioration des textes, effort qui ne peut qu’etre bénéfique à la reflexion photographique.


Jean-Francois Revel : Le sexe des mots 

⏸ Byzance tomba aux mains des Turcs tout en discutant du sexe des anges.

Le français achèvera de se décomposer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots.

La querelle actuelle découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand. D’où ce résultat que, chez nous, quantité de noms, de fonctions, métiers et titres, sémantiquement neutres, sont grammaticalement féminins ou masculins. Leur genre n’a rien à voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut être un homme.

Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle. Confondre les deux relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.

De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie. Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ? Absurde !

Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.

Certains mots sont précédés d’articles féminins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualités, charges ou talents correspondants appartiennent à un sexe plutôt qu’à l’autre. On dit : «Madame de Sévigné est un grand écrivain» et «Rémy de Goumont est une plume brillante». On dit le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.

Tous ces termes sont, je le répète, sémantiquement neutres. Accoler à un substantif un article d’un genre opposé au sien ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute d’accord.
Certains substantifs se féminisent tout naturellement : une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse. Mais une dame ministresse, proviseuse, médecine, gardienne des Sceaux, officière ou commandeuse de la Légion d’Honneur contrevient soit à la clarté, soit à l’esthétique, sans que remarquer cet inconvénient puisse être imputé à l’antiféminisme. Un ambassadeur est un ambassadeur, même quand c’est une femme. Il est aussi une excellence, même quand c’est un homme. L’usage est le maître suprême.

Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques. L’Etat n’a aucune légitimité pour décider du vocabulaire et de la grammaire. Il tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise l’école publique pour imposer ses oukases langagiers à tout une jeunesse.

J’ai entendu objecter : «Vaugelas, au XVIIe siècle, n’a-t-il pas édicté des normes dans ses remarques sur la langue française ? ». Certes. Mais Vaugelas n’était pas ministre. Ce n’était qu’un auteur, dont chacun était libre de suivre ou non les avis. Il n’avait pas les moyens d’imposer ses lubies aux enfants. Il n’était pas Richelieu, lequel n’a jamais tranché personnellement de questions de langues.

Si notre gouvernement veut servir le français, il ferait mieux de veiller d’abord à ce qu’on l’enseigne en classe, ensuite à ce que l’audiovisuel public, placé sous sa coupe, n’accumule pas à longueur de soirées les faux sens, solécismes, impropriétés, barbarismes et cuirs qui, pénétrant dans le crâne des gosses, achèvent de rendre impossible la tâche des enseignants. La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire.

Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique : faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes.⏸

Je fais de la photo mais je me soigne.

labat
labat - Le 29/10/2017 (modifié il y a 1 année, 7 mois)

J'aime à lire cette pensée bien sur. Pour ma part il en sera de pénitence sévère car si dans ma vie une chose m'a donné du plaisir, il en est de l'écriture. Si je n'ai de formation qu'une seule, il en est celle de l'écriture mécanographe, au sens mécanique du terme, lorsque les vieilles Remington noires ou Olivetti verte ont remplacé les plumes, pleins et déliés. Venir à l'écriture par quelque chemin qu'il soit est une excellente chose. Quelques mauvais passages comme pour les bons, la feuille blanche et le plaisir d'écrire…
Mal remercier cette discipline, ne pas surveiller son orthographe voir abuser de ce verbe facile, s'affranchissant de trop de rigueur pour faciliter l'envie de s'exprimer…Je suis bien ingrat, et il m'est bien mérité de relire en pénitence cent fois le texte ici commenté…
La faute à qui ? pour ma part j'en accepte à mon modeste niveau un peu de ce fardeau…cette transmission est si belle…
Ce sujet de réflexion tout autant il m'amène lentement ce Dimanche matin a cette nécessité de veiller et encore veiller. 

Et bon dimanche té !

Participer à cette discussion